L'épine. Aucune idée d'où elle vient mais elle est là. Cette épine inquiétante. On a beau la retirer , elle est toujours là. C'est comme ça , ça dure , irrémédiablement. Cette épine revient. Des moments on ne la sent pas , on en oublie le temps. Et des fois , elle revient , elle nous lance , au point que ça en brûle le corps et le coeur. Le mal à la tête , les vertiges , les spasmes , le coeur qui ralentit ou s'accélere...Ce n'est que le début. Après , arrivent la respiration qui se bloque , les convulsions , les vertiges si violent qu'on en tombe à terre , la vue qui se brouille , une sorte de brouillard épais s'installe à la place des pensées ... Puis les convulsions s'atténuent , laissant place à des crampes musculaires , le brouillard s'éclaircit , la respiration est toujours saccadée , périlleuse. Physiquement , il n'y a pas de douleur. Psychologiquement , l'épine devient insuportable , à tel point que l'on voudrait que tout s'arrete pour ne plus avoir à subir l'épine. On désire la mort , pour que disparaisse l'épine. C'est ça le propre de l'épine. Elle est comme une perfusion d'arsenic qui goutte peu à peu , irrégulièrement , imprévisible . L'arsenic de l'épine brûle les veines, crâme l'âme et la pensée est comme lancée au four crématoire. C'est quand l'arsenic a atteint le cerveau que la folie s'empare du corps , des spasmes plus violents que les précédents apparaissent , avec eux la démence , les gémissements , l'impression que quelque chose va éclater dans le cerveau , une impression d'écorché vif , des hallucinations auditives , sensorielles et visuelles...
Et subitement , si l'esprit infecté se bat suffisemment contre l'épine , tout disparait. Seules restent les crispations et les tremblements. Et on reste étalé sur le sol , tremblant et haletant , avec la fatigue accumulée qui ressort visiblement. Le stress , la fatigue , l'éreintement deviennent palpables , mais ils ne sont plus enchaînés à l'intérieur. Suivent à cela une dizaine de minutes d'emprisonnement par les crispations , et une reprise de conscience laborieuse. L'épine est toujours là , et elle peut refrapper n'importe quand.
Mais on l'a vaincue cette fois.
J'ai une épine. Elle se manifeste des fois.Je peux passer 8 mois sans qu'elle ne se réveille , comme 1 heure peut suffir à subir 2 attaques violentes. Chaque épine est différente. Il n'y a pas de remède propre à telle ou telle épine. Un morceau de piano peut m'aider à repousser l'épine dans ses quartiers . Une émotion trop forte peut la faire ressortir. Le stress , la fatigue , l'hyperactivité , la tension musculaire , l'attente , la dépression , l'état de choc sont des facteurs d'apparition de l'épine. Cela n'arrive pas sans rien. On vit trés bien avec. C'est comme une sorte de panneau "attention" qui dit qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Pas pour moi , je le sais si quelque chose ne va pas, c'est pour les autres. Seulement , mon épine a été banalisée. Elle a perdu sa valeur. Donc on préfere se battre seule contre l'épine plutôt que de subir le regard des autres.
Voilà , c'est ça mon épine.